Ce 20/07/99 e.v.
Ma bien belle Natacha...
J’écris ces lignes que tu liras ensuite.
J’ai fait un invraisemblable « rêve » ; cette nuit-ci. Je vivais dans une grande maison, dont j’habitais principalement le dernier étage, ce qui me donnait une vue imprenable sur la ville. Et toi, tu venais me rendre visite. Tu étais jeune, 14 ou 15 ans, accompagnée d’un frère plus jeune encore et d’une soeur d’un âge encore moins avancé, une gosse. Tu venais de vivre un important traumatisme - viol ou je ne sais quoi - et tu avais l’aura de ceux qui ont dû se transmuter pour survivre. Il y avait plein de gens avec moi dans cette demeure. Je m’approchais de toi et soudain te désirais mais ne te touchais que chastement - par respect pour cette douleur que je ressentais de si évidente manière. Et ta présence était si prophétique, et peut-être aussi y avait-il en toi quelque chose de lié à Babalon, j’en jurerais.
Et, à un moment, je suis sorti dans le jardin, pris d’un affreux pressentiment. Et alors je vis que dans le ciel passaient d’affreux blocs de mort, comme de la lave noire qui coulerait suspendue dans l’atmosphère, et je me suis dit : « Ca y est. Ces bâtards ont réussi à niquer la planète. C’est l’heure du Jugement Dernier. »
Et le jardin changeait peu à peu, il grandissait, grandissait... Alors j’ai quitté l’enceinte de la demeure et me suis aventuré en ville où m’attendaient des scènes de folie collective.
J’avais besoin de je ne sais plus quel article et m’aventurai dans une grande surface. Où je fus vite poursuivi par des agents ennemis, costumés en démons, des asuras. Je parvins à me barrer et gagnai les limites de la ville. Là, je réussis à pénétrer dans une enceinte réservée aux vieilles peaux friquées. Il y en avait des centaines, de sales vieux cons et de sales vieilles connes, habitués à survivre aux dépens de la misère et de la douleur des autres, tous dans des chaises longues, figés. Je m’approchai et regardai tous ces parfaits clônes, toutes ces parfaites merdes, souriant dans leur bonheur artificiel. Je fixai leurs yeux et compris alors. La dernière parcelle humaine vient de les quitter. Le dernier lien possible avec leur Ange a été tranché. Ce sont des êtres terminaux comme aurait dit Abellio, et en l’occurence des pourritures terminales. Apocatastase mon cul. Pour elles, c’est le recyclage ou l’Enfer. Mais elles essaieront de se survivre par des pratiques vampiriques. Et je vois plein d’images défiler, des rituels sanglants jalousement gardés secrets au sein de vieilles familles aristocrapuleuses, de cercles financiers, etc. Et bien des opérations économiques de la Banque Mondiale, se soldant par la mort de faim de populations entières, n’étant rien d’autre que des sacrifices humains assistés par ordinateur. Et toutes les pratiques dont Artaud accusait certaines instances de ce monde, c’était vrai.
« Va là-bas. Là-bas. »
Cette voix dans ma tête.
Vers la Nécropole.
Ah, je vois, c’est de là qu’ils tirent leur pouvoir. De toute la souffrance accumulée et d’âmes rendues prisonnières de l’astral par des pratiques de merde. C’est sinistre, l’atmosphère là-dedans. C’est noir comme la Folie copulant avec la Mort.
Tu vois, Phil, il y a du boulot.
Oui... nous, on s’en fout de crever mais eux ne possèdent aucune autre possibilité de survie. On va trouver le moyen de la leur enlever.
Après tout, les vampires et moi, c’est une longue histoire.
Je suis retourné à ma demeure qui cette fois était cerclée d’une sorte d’anneau protecteur, magnétique, la soustrayant aux regards et repoussant les importuns. Je le franchis. Le jardin avait encore changé. Il s’était tellement agrandi que je ne le reconnaissais plus. Il y avait peut-être deux mille personnes là-dedans. La petite source était devenue un fleuve où des gosses se baignaient, jouaient. Le jardin était si grand que des gens se mettaient à le cultiver, mais tout le monde avait l’air de tout reprendre à zéro, retour case préhistoire. Un type cultivait des champignons de Paris et des psylocibes. Il me demande : « Quelle variété t’intéresse ? » ; Je lui réponds : « Regarde-moi bien. A ton avis ? » ; Il se met à rire.
C’était fou : plein de gens étaient venus s’abriter chez moi. Ma maison elle-même avait pris des dimensions fantastiques. Et je m’y précipitai, te cherchant partout pour te demander conseil, mais il y avait eu surmultiplication de pièces, et c’était tellement long à tout traverser, et tous ces escaliers à monter.
Et je me suis réveillé en sueur, petite Prêtresse de l’Etoile d’Argent.
Prends bien soin de toi, ton âme est si importante, je ne veux pas que des nazebroques la puissent gâter. La situation n’a jamais été aussi dangereuse, le fait seul de m’aimer te fout en danger de mort.
Néanmoins, crois bien que si j’ai un paquet d’ennemis, de plus en plus de forces nouvelles viennent s’associer à la mienne. Et je puis t’assurer qu’on ne va pas se débarrasser de nous comme ça.
Je t’embrasse. Je t’attends pour la Noël, comme prévu.
Si le monde n’a pas volé en éclats d’ici-là. Les chances d’un conflit thermonucléaire global n’ont jamais été plus élevées. Rien à voir avec la Guerre Froide.
A sous peu,
Phil.
PS : j’ai quelques projets dont il faudrait que je t’entretienne. Il s’agit de mutations. Depuis le temps que Duprey attend les mutants, cessons de le décevoir. Il s’agit de travail au niveau génétique-moléculaire. C’est tout à fait faisable sans être savant fou. Suffit de maîtriser certains états altérés de conscience. Tu peux te fier à moi sur ce plan. Et sur tous les autres dont j’ai désormais le contrôle.