samedi 27 septembre 2008, par Marc Pluquet
0 réactions
Ce texte est paru aux Éditions Gouttelettes de Rosées, 44 rue de la Dysse 34150 Montpeyroux.
1. Sa Vie, son œuvre
Maria de NAGLOWSKA est née le 15 août 1883 à SAINT PETERSBOURG. Elle était la fille du Lieutenant Général Dimitri de NAGLOWSKI, Gouverneur de la province de Kazan, et de Catherine KAMAROFF.
Son père, avec le Général GOURKO, avait chassé les Turcs des Balkans, ce qui lui valut le poste de Gouverneur ; il fut empoisonné au cours d’une partie d’échecs par un nihiliste qui était devenu familier de la maison. Sa mère, un aristocrate russe, lui donna une éducation soignée ; mais elle mourut en 1895, alors que Maria n’avait que 12 ans. De santé fragile, elle eut une enfance difficile, mais elle surprenait son entourage par ses remarques à l’emporte-pièce et par son comportement raisonnable bien qu’imprévisible.
Orpheline, elle fut prise en charge par sa tante qui la confia à l’Institut Smolna de Saint-Pétersbourg, établissement réservé strictement à l’aristocratie. Elle y fit de brillantes études et retourna ensuite vivre chez sa tante. Devenue une jeune fille réservée, très éprise de savoir, elle fréquenta les Hautes Écoles de Saint-Pétersbourg, tout en s’intéressant aux problèmes de son époque.
Les idées gui procédèrent les événements de l905 se répandaient dans toutes les couches sociales, et Maria, avec sa sensibilité, sa grande lucidité, se sentit concernée. De par ses origines et son éducation, elle aurait pu avoir un destin tout tracé, mais cela elle ne pouvait l’accepter. C’est à cette époque qu’elle fréquenta des cercles plutôt fermés. Elle y rencontra des hommes d’expérience, de toutes disciplines et sa connaissance du monde fit de rapides progrès.
Puis, un jour qu’elle écoutait un concert, elle fut attirée par la personnalité du violoniste soliste ; l’idylle qui s’ensuivit posait à Maria et à HOPENKO, son fiancé, des problèmes insolubles : la famille n’accepterait jamais cette alliance ; HOPENKO était musicien instrumentiste et juif — Maria était noble et orthodoxe. Le couple dut quitter la Russie. Ils s’installèrent d’abord à Berlin où ils menèrent, avec ce qu’ils avaient pu emmener de Russie, une vie relativement facile ; mais cala ne dura qu’un temps, ils durent partir pour la Suisse.
À Genève où ils se marièrent, Maria continua d’étudier à l’Université en suivant les enseignements de plusieurs facultés simultanément ; à côté de ses études, elle fonda une école pour étudiants russes, abondants à cette époque à l’Université de Genève, qui ne possédaient pas assez de français pour la rédaction de leurs divers travaux. Cette école fleurit et rapportait bien, ce qui permit a son mari de suivre des études au Conservatoire de musique et ainsi il devint virtuose du violon. C’est pendant cette période que trois enfants naquirent : Alexandre, Marie et André.
Maria était en butte aux conflits qui opposaient les réfugiés russes dont la colonie très importante intervenait dans l’éducation des enfants ; mais l’influence juive était très active, Alexandre fut circoncis et Marie fut déclarée à la mairie sous le nom d’Esther.
André ne fut pas circoncis et n’eut pas un nom juif, ce qui, par la suite, lui causa d’abord bien des désagréments, mais, pendant la guerre, lui évita la déportation.
La colonie russe qui avait, au début, aidé le couple, traduisit son mécontentement en supprimant son aide, et le ménage connut à nouveau des difficultés.
HOPENKO continuait ses études et Maria enseignait dans des écoles privées. Mais HOPENKO était devenu sioniste, il connaissait personnellement HERZL, et voulait partir en Palestine. Marie fit plusieurs voyages en Russie pour obtenir une part de ses biens et faire reconnaître son mariage. Mais la famille fut impitoyable ; Maria n’était, pour eux, qu’une fille-mère et devait supporter la honte inhérente à sa condition — ils n’attribuèrent jamais de valeur à son mariage civil.
Peu avant la naissance d’André, HOPENKO partit en Palestine où les sionistes lui offrirent la direction du Conservatoire de musique, poste qu’il occupa 40 ans, soit jusqu’à sa mort, laissant sa femme se débrouiller avec ses enfants. Courageusement Maria s’organisa pour faire face à cette adversité ; elle continua d’enseigner ; les Russes de Genève la réintégrèrent dans leur clan ; les enfants furent rebaptisés, mais ses concitoyens ne l’aidèrent plus ; pour eux c’était quand même une mère célibataire ; de plus, elle faisait preuve d’un peu trop d’originalité, tant dans ses propos que dans sa manière de vivre.
Maria était une mère admirable. Aidée par une gouvernante marseillaise, elle donna une très bonne éducation à ses enfants. Tout allait bien, mais Maria voulait s’exprimer et elle se mit à faire des conférences et du journalisme ; elle était pleine d’entrain, et se fit rapidement des relations, et même des amis ; elle était avenante, pleine de gaieté et d’esprit — elle aurait pu se refaire une existence plus sécurisante, mais elle avait d’autres projets. Cette période euphorique ne dura qu’un temps ; en Suisse, à l’époque, ce qu’elle disait et écrivait ne pas ait pas inaperçu.
Une conférence sur La Paix donnée dans La Salle de l’Athénée a Genève, et le livre qu’elle fit paraître ensuite, lui valurent d’être emprisonnée, accusée d’espionnage et d’activité politique, elle ne fut libérée que sur l’intervention d’une haute personnalité.
La ville de Genève lui était interdite, elle dut s’installer à Berne où elle ne connaissait personne ; les enfants furent placés dans une pension a Interlacken et étudièrent dans une école allemande. A Berne, pour des motifs inconnus, elle fut jugée indésirable et dut partir pour Bâle ; c’était une expulsion en règle, mais Bâle n’était pas plus accueillante et Maria dut confier André et Marie a l’Assistance Publique de Genève — l’aîné Alexandre étant parti en Palestine chez son père. Maria, grâce à un passeport polonais put partir pour l’Italie. C’était, apparemment, la fin d’un cauchemar ; elle s’installa à Rome : un ami qu’elle avait connu a Genève lui donna une partie de son vaste appartement. Elle se remit à enseigner puis devint rédactrice au Journal « Italie ». — en 1920 la vie en Italie était difficile ; il y avait des troubles et une grande effervescence politique.
Maria fit venir ses enfants restés à Genève. Alexandre était en Palestine, chez son père. Grâce à l’ami qui aidait fraternellement Maria, la vie en Italie s’organisa de façon satisfaisante. Les facilités que le bon samaritain suisse procurait à la famille de nouveau réunie firent brusquement défaut, l’ami providentiel repartit en Suisse et peu après se suicida.
Cet événement fut le prélude d’une suite d’aléas imprévisibles, Maria perdit sa place, elle dut quitter l’appartement ; André échoua aux examens et dut quitter le collège. Il fallut repartir à zéro, vivre dans une chambre à peine meublée, accepter de donner des leçons à n’importe quel prix, vivre le plus simplement possible.
Mais cette adversité revenue eut le don de galvaniser Maria ; sans se décourager, elle se remit au travail avec acharnement et peu à peu la vie s’organisa tant bien que mal. André trouva une place de chasseur dans un grand hôtel, puis Maria retrouva sa place au journal Italie ; Marie, sur les conseils de sa mère, apprit le métier d’infirmière ; Alexandre, en Israël, s’occupait de chevaux, ce qui était sa vocation ; la vie reprit son cours normal.
©Marc pluquet