La Gnose est le mot grec pour « connaissance » ou « voie de connaissance », particulièrement dans un sens ésotérique. Dans l’interprétation traditionnelle elle est appliquée autant à l’investigation intellectuelle qu’à la modification de conscience ou à l’expérience directe qui en est retirée. Le concept de gnose en tant que voie de l’illumination est traditionnellement associé à un large spectre de groupes philosophiques ou religieux qui émergèrent en Égypte durant les premiers siècles de l’ère chrétienne. Cette période, en ce lieu, fut caractérisée par le mélange des visions du monde égyptiennes traditionnelles, qui étaient magiquement distinctes par leur orientation, avec des influences des cultures romaines, grecques et mésopotamiennes, et avec les nouveaux concepts émergeant du sauvetage des âmes qui étaient une composante essentielle du christianisme naissant.
Le gnosticisme fut assez largement combattu une fois que la chrétienté fut devenue une religion d’état dans l’Empire romain en déclin, et ses adeptes furent condamnés comme hérétiques après le Concile de Nicée en 325 de notre ère. Ce qui semble certain c’est que la tradition gnostique comprenait un nombre de sectes poursuivant leur propre voie magique/mystique - une ambiance identique semble exister aujourd’hui parmi les occultistes occidentaux. Quelques-uns de ces premiers gnostiques semblent avoir incorporé l’érotisme, ou du moins les concepts de dévotion phallique dans leurs pratiques. Une évidence assez remarquable de cette suggestion existe parmi la collection de sculptures chrétiennes au Musée du Vatican - l’image du « Sôter Kosmou » (Sauveur du Monde). Nous ne savons pas si cette pièce, datant du premier siècle, est effectivement exposée, puisqu’elle peut être considérée comme offensante ou blasphématoire. Elle représente un coq anthropomorphe dont la tête est métamorphosée en un énorme phallus disproportionné en érection. C’est de nos jours que l’existence de cette icône a été mise à jour par les supporters de Gay News.
Parmi les pratiquants contemporains de l’occulte (et pas seulement les magiciens du Chaos) il y a un certain consensus sur le fait que l’induction d’un état de gnose est un prérequis essentiel pour toutes activités magiques fructueuses, que ce soit la divination, l’enchantement, l’évocation, l’invocation ou l’illumination. Un certain nombre de techniques ont été décrites, techniques par lesquelles un tel état modifié de conscience peut être induit, et ces techniques ont été réparties en deux grandes catégories : la « Gnose inhibitrice » et la « Gnose Excitatrice » par Peter Carroll. La classification n’est pas absolue et les pratiquants de l’occultisme trouvent habituellement, à un niveau personnel, que certaines de ces techniques fonctionnent mieux que d’autres, ou que certaines pratiques particulières pour induire la gnose sont plus efficaces que d’autres si elles sont appliquées avec l’intention adéquate.
Les techniques inhibitrices sont généralement contemplatives ou yogiques et sont destinées à réduire les stimulus sensoriels avec la conscience mise en état de coma et la mort étant considérée comme la fin extrême de l’échelle - Thanatos.
Les techniques excitatrices, par contrastes, dépendent de l’hyper-stimulation en tant que moyen de modification de la conscience. La peur ou la douleur extrême ou la pratique intensive d’une activité physique (tel la danse des derviches) jusqu’au point d’exhaustion peut être efficace, mais le paroxysme sexuel en tant qu’expression ultime de la vie représente le pinacle de la gnose excitatrice - Éros.
Ainsi, l’« ÉrotoGnose » est la réalisation d’une modification de la conscience par la stimulation sensorielle de nature sexuelle.
Il existe des différences physiologiques entre les humains mâles et femelles quant au paroxysme sexuel, bien que des généralisations ne puissent s’appliquer nécessairement à des individus en particulier. Les hommes expérimentent habituellement un niveau progressivement croissant d’excitation culminant dans l’orgasme, orgasme qui est alors suivi par un hiatus, bien que dans des circonstances favorables ce cycle puisse être répété un certain nombre de fois. La plupart des femmes, par contre, ne souffrent pas d’un hiatus de l’excitation après un premier orgasme, et avec des stimulation sensitives continues elles sont capables d’expérimenter une progression de pics paroxysmiques jusqu’à ce qu’une exhaustion physique intense soit atteinte.
L’érotognose transcendante est l’état de conscience qui est expérimenté immédiatement avant et au moment de l’orgasme, et, par conséquent, pour des raisons physiologiques, l’état de gnose peut généralement être entretenu par la femme durant une plus longue période de temps que cela n’est ordinairement possible pour l’homme.
La clé d’une érotognose maintenue pour les hommes est de contrôler la réponse physique aux stimulus appliqués afin d’étendre la durée de la phase de l’excitation maximale qui précède immédiatement l’orgasme, sans se laisser aller à l’éjaculation et à son hiatus subséquent. Ceci est essentiellement une affaire de contrôle de l’esprit et du corps, et avec un partenaire sensible et attentionné, cela peut se révéler très amusant à pratiquer.
L’importance de telles techniques dans les applications occultes et dans la gratification hédoniste fut reconnue par Crowley qui écrivit un long essai sur le sujet intitulé « L’enthousiasme galvanisé ». Les sexologues cherchant à traiter les conditions de l’éjaculation précoce ont également proposé des techniques similaires de contrôle de l’esprit et du corps. Une technique connue comme la « Karezza » ou le « Dianisme » étend le contrôle de l’orgasme masculin jusqu’au point où l’éjaculation est effectivement réabsorbée dans le corps ; ma propre vision est que, bien que cela puisse être intéressant d’essayer d’expérimenter un contrôle physique, cela ne confère aucune valeur ajoutée particulière du point de vue occulte. D’autres peuvent avoir une opinion différente, mais j’adopte la position que l’éjaculation physique est une part essentielle de l’expérience érotognostique pour l’homme, et que nier cet élément dans un processus est de réduire l’efficacité de toute magie qui peut être entreprise ainsi que de se révéler frustratoire émotionnellement et physiquement.
L’érotognose est une expérience essentiellement personnelle, mais la plupart des gens trouvent qu’elle est plus efficace si le stimulus sensuel primordial est donné par quelqu’un d’autre. Si l’objectif est simplement de produire un échantillon du fluide corporel pour un but particulier alors, bien évidemment, on peut faire ce qui est nécessaire soi-même, mais si le but est l’atteinte de la gnose, alors un contrôle personnel est désirable.
La majorité de ce que je viens d’écrire à été dit en ce qui concerne la pratique sexuelle pure, mais cela ne doit pas exclure la dimension plus grande de l’expression érotique. Tout ce qui vous excite sera efficace pour vous personnellement, et, à contrario, vous réussirez peu probablement à atteindre l’état de gnose si vous devez participer à une pratique érotique qui vous répugne. Cela n’est pas dit afin de décourager l’expérimentation ; j’ai rencontré des personnes qui pensaient que tout sexe oral était répugnant jusqu’à ce qu’ils en fassent l’expérience ; de même du massage ; de même du bondage ; de même de la partouze. Avec l’érotognose on parle des techniques de stimulation sensorielle appliquées en vue d’une réponse essentiellement cérébrale, pas nécessairement au niveau de l’amour romantique ; bien que si celui-ci existe il ne peut qu’accroître l’expérience.
Pour résumer, il peut être utile de donner quelques indications sur les applications des techniques de l’érotognose dans les principaux domaines de l’activité magique. Celles-ci sont appropriées à la fois à l’homme et à la femme, et elles induisent la participation volontaire et libre d’au moins un partenaire pour prodiguer la stimulation sensorielle, que cette personne soit du même sexe ou du sexe opposé est simplement une affaire de goût et de préférence personnelle. Le danger évident en ces temps de risques de transmission d’infections virales mortelles est qu’un sexe non protégé implique que le transfert des fluides corporels doit être évité, à moins que votre partenaire ne soit une personne que vous connaissez intimement très bien et qui est sans risque physique.
L’éroto-divination porte sur l’obtention de réponses à des questions lors de l’acte magique sexuel. Proche du moment de l’orgasme (pour l’homme), ou au cours de la séquence orgasmique (pour les femmes), formulez une question intensément dans votre esprit. Laissez-vous immerger dans la sensation qui vous mène vers le paroxysme de l’extase et prenez note de toutes pensées ou images naissant à ce moment. Interprétez ensuite celles-ci selon la question posée. Ce processus peut être répété avec des questions différentes, ou vous pouvez poser la même question à nouveau afin d’obtenir des clarifications. Les hommes peuvent découvrir que cette routine question-réponse aide à repousser l’orgasme, et que le paroxysme de l’expérience est plus intense par cet exercice. De manière alternative, la personne expérimentant l’érotognose peut être encouragée à des déclaration oraculaires lors du paroxysme - la divination par l’orgasmomancie !
Dans l’évocation, l’objectif est d’imprégner la matériel de base par l’essence vitale ou d’attirer et de façonner quelque serviteur ou entité immatériel par l’aura galvanisée de l’opérateur dans la tempête de l’extase. Une intention claire doit être faite au début de l’oeuvre. Ce type d’opération peut être plus efficace si elle est conduite en groupe travaillant avec le participant fournissant volontairement la manifestation érotognostique (homme ou femme). Bien que les fluides sexuels puissent être utilisés afin de charger la matériel de base, la passion seule est également appropriée.
L’invocation érotognostique prend typiquement la forme du Hieros Gamos. Alternativement, la gnose peut être induite par le moyen indiqué et utilisée ensuite comme ligne directrice par laquelle l’opérateur peut essayer de revêtir la manifestation de quelque déité de son choix, avec les autres participants vocalisant les incantations.
Les techniques érotiques sont particulièrement appropriées pour les enchantements. Un sceau peut être construit afin de représenter l’intention du résultat de l’oeuvre en utilisant toute procédure, par exemple celles données dans le Livre du Plaisir de Spare qui a été paraphrasé par bien d’autres auteurs plus récemment. Un tel sceau peut être fortement visualisé au moment du paroxysme érotique. Alternativement, un acte conjugal de stimulation mutuel peut être dévoué à un tel but. Une représentation du sceau peut être placé sous l’autel de la passion, et peut-être laissé là si un enchantement est visé. Alternativement, le sceau peut être inscrit sur du papier de riz ou sur un biscuit au chocolat qui peut être rompu avec un morceau étant consommé par chacun des participants. Au niveau de l’atteinte érotognostique de l’état de gnose, le sceau peut être symboliquement reconstitué et l’enchantement effectué.
L’illumination par l’érotognose est potentiellement une expérience dévastatrice. Une procédure efficace peut être ouverte avec de l’excitation et de la stimulation sexuelle selon les procédés décrits ci-dessus au sujet de l’évocation, mais cela devrait être soigneusement planifié afin de mener à l’état d’excitation de chacun, en empêchant tout stimulus visuel jusqu’à ce la frustration de récepteur soit absolue. Les choses devraient être arrangées afin que lorsque l’empêchement de jouir et la frustration sont relâchées l’opérateur est instantanément transporté de l’état de tourment jusqu’au paradis de l’extase. Un avertissement doit être ici donné. L’opérateur peut expérimenter une jouissance émotionnelle très intense et l’oeuvre ne devrait donc pas être entreprise par quiconque n’est pas dans un parfait état de santé. L’objectif est l’illumination au travers de la gnose excitatrice ultime. Quoique, être baisé à mort doit être la meilleure façon de tirer le rideau.
Traduction française et adaptation par Spartakus FreeMann, Nadir de Libertalia, septembre 2006 e.v.