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Le Terrorisme poétique, l’amour fou, ... la contestation selon Bey.

Chaos : propagande de l’anarchisme ontologique par Hakim Bey

dimanche 1er mai 2005, par Spartakus FreeMann

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L’Anarchisme ontologique de Hakim Bey est un ensemble de courts textes présentant l’idée d’une évolution de l’anarchisme moderne & dressant les grandes lignes de la contestation libertaire dans un langage parfois abscond & difficile d’accès. La présente traduction bien qu’imparfaite donnera accès au lecteur francophone à la pensée de l’auteur de la TAZ.

« Putain, Hakim tu fais chier avec tes jeux de mots ! Vas te faire foutre ! »
- Moi.

 LE CHAOS.

Le Chaos n’est jamais mort. Un bloc brut, le culte d’un monstre unique, inerte & spontané, plus ultraviolet que toutes autres mythologies (telles les ombres devant Babylone), l’unité-de-l’être primordiale & indifférenciée qui irradie encore sereinement comme les étendards noirs des Assassins, hasardeux & perpétuellement empoisonné.

Le Chaos vient avant tous principes d’ordre & d’entropie, il n’est ni un dieu ni un asticot, ses désirs fous renferment & définissent toutes les chorégraphies possibles, tous les éthers insignifiants & les phlogistons, ses masques sont les cristallisations de ses propres absences de visage, il est tel un nuage.

Tout dans la nature est parfaitement réel, en ce compris la conscience, il n’y a absolument rien dont on doive s’inquiéter. Non seulement les chaînes de la Loi ont-elles été brisées, mais elles n’ont jamais existé ; des démons n’ont jamais gardé les étoiles, l’empire n’a jamais commencé, Eros n’est jamais devenu vieux.

Non, écoutez, voici ce qui est arrivé : ils vous ont menti, ils vous ont vendu des idées comme le bien & le mal, ils vous ont dégoûté de votre corps & rendu honteux de votre prophétie du Chaos, ils ont inventé des mots dégueulasses pour votre amour moléculaire, ils vous ont hypnotisé dans votre inattention, ils vous ont emmerdé avec la civilisation & toutes ses émotions usuraires.

Il n’y a pas de devenir, pas de révolution, pas de lutte, pas de voie ; vous êtes déjà le monarque de votre propre peau - votre liberté inviolable n’attend que d’être complétée par l’amour des autres monarques, une politique de rêve, urgente comme le bleu du ciel.

Le rejet de tous vos droits illusoires & de toutes vos hésitations demande l’économie de quelque Age de la Pierre - des shamans pas des prêtres, des bardes pas des seigneurs, des chasseurs pas des policiers, des cueilleurs de fainéantise paléolithiques, nobles comme le sang, allant nus sur un signe ou peints comme des oiseaux, en équilibre sur la vague de la présence explicite, l’absence d’heure maintenant & toujours.

Les Agents du Chaos jettent des regards de feu sur tout & sur quiconque est capable de porter témoignage de leur condition, de leur fièvre de lux & voluptas. Je suis éveillé uniquement par ce que j’aime & désire jusqu’à un point de terreur - tout le reste n’est que décors, de l’anesthésie quotidienne, de la merde de cerveau, de l’ennui sous-reptilien de régime totalitaire, de la censure banale & de la douleur inutile.

Les Avatars du Chaos agissent comme des espions, des saboteurs, des criminels de l’amour fou, ni sans ego ni égoïstes, accessibles comme des enfants, maniérés comme des barbares, irrités d’obsessions, sans emplois, sensuellement dérangés, des ange-loups, des miroirs pour la contemplation, des yeux comme des fleurs, des pirates de tous les signes & de toutes les significations.

Nous voici, nous glissant entre les fissures des murs de l’église, de l’état, de l’école & de l’usine, de tous ces monolithes paranoïdes. Coupés de la tribu par la nostalgie brute, nous creusons un tunnel vers les mots perdus, les bombes imaginaires.

Le dernier acte possible est celui qui définit la perception elle-même, une corde dorée invisible qui nous connecte tous ; des danses illégales dans les corridors des tribunaux. Si nous devions nous embrasser là, ils appelleraient cela du terrorisme - alors, prenons nos flingues afin de réveiller la ville à minuit comme des bandits ivres célébrants avec une fusillade, le message du goût du Chaos.

Le Chaos n’est jamais mort.

 LE TERRORISME POETIQUE

C’est une danse étrange et nocturne dans les guichets automatiques des banques. Des feux d’artifice tirés illégalement. L’art-paysager, des travaux de terrassement, ou des objets bizarres dans les Parcs Publics. Rentrez par effractions dans des maisons, mais au lieu de les cambrioler, laissez y des objets de terrorisme poétique. Kidnappez quelqu’un et rendez-le heureux. Prenez une personne au hasard et persuadez la qu’elle vient d’hériter d’une fortune colossale, inutile et surprenante - 1000 hectares en Antarctique, un éléphant de cirque trop vieux, un orphelinat à Bombay, ou une collection de vieux manuscrits alchimiques. Cette personne réalisera plus tard que durant un moment, elle a cru en quelque chose d’extraordinaire, et elle sera peut-être amenée à rechercher un autre mode de vie, plus intense. Erigez des plaques commémoratives en cuivre dans les endroits (publiques ou privés) où vous avez connu une révélation ou une expérience sexuelle particulièrement satisfaisante...

Go naked for a sign.

Organisez une grève dans votre école ou sur votre lieu de travail sous prétexte que vos besoins d’indolence et de beauté spirituelle n’y sont pas satisfaits.

Les graffitis apportent une certaine grâce aux métros si laids et aux monuments publiques si rigides - le Terrorisme Poétique peut également servir dans les endroits publiques : des poèmes gribouillés dans les toilettes des palais de justice, de petits fétiches abandonnés dans les parcs et les restaurants, des photocopies artistiques placées sous les essuie-glaces des pare-brise des voitures en stationnement, des Slogans écrits en Caractères Enormes collés sur les murs des cours de récréations ou des aires de jeux, des lettres anonymes postées au hasard ou à des destinataires sélectionnés (fraude postale), des émissions radio pirates, du ciment humide....

La réaction du public ou le choc esthétique produit par le Terrorisme Poétique devra être au moins aussi intense que le sentiment de terreur - de dégoût puissant, de stimulation sexuelle, de crainte superstitieuse, d’une découverte intuitive subite, d’une peur dadaesque - il n’est pas important que le Terrorisme Poétique soit destiné à une ou plusieurs personnes, qu’il soit « signé » ou anonyme, car s’il ne change pas la vie de quelqu’un (hormis celle de l’artiste), il échoue.

Le Terrorisme Poétique n’est qu’un acte dans un Théâtre de la Cruauté qui n’a ni scène, ni rangées, ni sièges, ni tickets, ni murs. Pour fonctionner, le Terrorisme Poétique doit absolument se séparer de toutes les structures conventionnelles de consommation d’art (galeries, publications, médias). Même les tactiques de guérillas Situationnistes, comme le théâtre de rue, sont peut-être actuellement trop connues et trop attendues.

Une séduction raffinée, menée non seulement dans l’optique d’une satisfaction mutuelle, mais également comme un acte conscient dans une existence délibérément belle - pourrait être l’acte ultime de Terrorisme Poétique. Le Poète Terroriste se comporte comme un farceur de l’ombre dont le but n’est pas l’argent mais le CHANGEMENT.

Ne pratiquez pas le Terrorisme Poétique pour d’autres artistes, faites le pour des gens qui ne réaliseront pas (du moins durant quelques temps) que ce que vous avez fait est de l’art. Evitez les catégories artistiques identifiables, évitez la politique, ne traînez pas pour éviter de raisonner, ne soyez pas sentimentaux ; soyez sans pitié, prenez des risques, pratiquez le vandalisme uniquement sur ce qui doit être défiguré, faites quelque chose dont les enfants se souviendront toute leur vie - mais ne soyez pas spontanés à moins que la Muse du Terrorisme Poétique ne vous possède.

Déguisez-vous. Laissez un faux nom. Soyez mythique. Le meilleur Terrorisme Poétique va contre la loi, mais ne vous faites pas prendre. L’art est un crime ; le crime est un art.

 AMOUR FOU.

L’Amour Fou n’est pas une Démocratie Sociale, ce n’est pas le Parlement du Deux. Les minutes de ses réunions secrètes portent sur des choses éloquentes trop énormes mais également trop précises pour la prose. Pas ceci, pas cela - son Livre d’Images tremble en nos mains.

Bien sûr il chie sur les maîtres d’école & sur la police, mais il se moque tout autant des libérationnistes & des idéologues - il n’est une pièce bien propre & éclairée. Un charlatan topologue a dessiné ses corridors & ses parcs abandonnés, son décor d’embuscade lumineusement noir & membraneusement rouge maniaque.

Chacun d’entre nous possède la moitié de la carte - comme deux potentats de la Renaissance nous définissons une nouvelle culture avec notre enlacement anathématisé de corps, fusion de liquides - les veines imaginales de notre Cité-Etat mouillent nos vêtements.

L’Anarchisme ontologique n’est jamais revenu de son dernier week-end de pèche. Il y a si longtemps que personne n’est allé se plaindre au FBI, le Chaos se fout du futur de la civilisation. L’Amour fou engendre seulement par accident - son but primordial est l’ingestion de galaxies. Une conspiration de la transmutation.

Son seul soucis pour la Famille réside dans la possibilité de l’inceste (« Chaque être humain est un Pharaon ! », « Grandissez seuls ! ») - O mon très sincère lecteur, mon semblable, mon frère, ma sœur ! - & dans la masturbation de l’enfant il y trouve cachée (comme une fleur de papier japonaise) l’image de la chute de l’Etat.

Les mots appartiennent à ceux qui les utilisent jusqu’à ce qu’une autre personne vienne & s’en empare. Les Surréalistes se sont pervertis en vendant l’Amour fou à la machine-fantôme de l’abstraction - ils cherchaient en leurs consciences le seul pouvoir sur les autres & en cela ils suivirent Sade (qui désirait la « liberté » uniquement pour que les gentlemen puissent éviscérer les femmes & les enfants).

L’Amour fou est saturé de sa propre esthétique, il se remplit lui-même jusqu’à ses propres frontière avec les trajectoires de ses propres mouvements, il courre sur l’horloge des anges, il n’est pas un destin pour les commissaires & les commerçants. Son ego s’évapore dans la mutabilité du désir, son esprit communautaire se dessèche dans l’égoïsme de l’obsession.

L’Amour fou implique la sexualité a-ordinaire de la manière dont la sorcellerie demande une conscience a-ordinaire. Le monde post-protestant anglo-saxon endigue sa sensualité réprimée dans la publicité & se divise dans le choc des foules : les prudes hystériques contre les clones de mœurs légères & les ex-célibataires. L’Amour fou ne veut pas rejoindre l’armée d’un autre, il ne prend aucun part dans la Guerre des Genres, il est emmerdé par l’égalité des emplois (en fait il refuse de travailler pour vivre), il ne se plaint pas, il n’explique pas, ne vote jamais & ne paye jamais d’impôts.

L’Amour fou aimerait vous voir tous, vous les bâtards (« enfants de l’amour »), vous réaliser & venir à la vie - L’Amour fou se développe sur les dispositifs anti-entropiques - L’Amour fou aime à être molesté par les enfants - L’Amour fou est mieux qu’une prière, mieux que la sinsemilla - L’Amour fou emporte son propre paradis & sa lune partout où il va. L’Amour fou admire le tropicalisme, le sabotage, la break-dance, Laylah & Majnun, l’odeur de la poudre & du sperme.

L’Amour fou est toujours illégal, qu’il soit déguisé par le mariage ou en troupe boy-scout - toujours ivre de vin ou de ses propres secrétions ou de la fumée de ses propres vertus polymorphes. Ce n’est pas un dérangement des sens mais bien leurs apothéoses - il n’est pas le résultat de la liberté mais plutôt son prérequis. Lux et voluptas.

 ENFANTS SAUVAGES.

La lumière insondable de la pleine lune - une nuit de mi-mai en quelque Etat dont le nom commence par « I », & ainsi bidimensionnel & donc impossible à localiser géographiquement - les rayons si tangibles que vous devez faire de l’ombre afin de penser avec des mots.

Pas question d’écrire aux Enfants Sauvages. Ils pensent par des images - la prose est pour eux un code qu’ils ne maîtrisent pas entièrement, ossifié & digéré dans lequel on ne peut avoir une totale confiance.

Vous pouvez écrire à leur sujet, afin que ceux qui ont perdu leur chaîne d’argent puissent suivre. Ou écrire pour eux, faisant de l’HISTOIRE & de l’EMBLEME un processus de séduction en votre propre mémoire paléolithique, une séduction barbare de la liberté (chaos en tant que CHAOS).

Pour ces espèces d’un autre monde ou « troisième sexe », les enfants sauvages, la fantaisie & l’imagination sont toujours indifférenciées. Un JEU non bridé : la source de notre Art & le plus rare Eros de toutes les races. Embrasser le désordre à la fois comme source de style & entrepôt voluptueux, le fondement de notre civilisation extra-terrestre & occulte, notre esthétique conspirationniste, notre espionnage lunatique - c’est l’action soit d’un artiste soit d’un enfant de dix à treize ans.

Les enfants, dont les sens éveillés les trahissent par une éclatante sorcellerie de plaisirs bestiaux, reflètent quelque chose de sauvage & d’obscène dans la nature de la réalité elle-même : des anarchistes ontologiques naturels, des anges du chaos - leurs gestes & odeurs corporelles diffusent autour d’eux une jungle de présences, une forêt de prescience habitée par des serpents, des ninjas, des tortues, du shamanisme futuriste, de la pisse, des fantômes, des rayons de soleil, des éjaculations, des nids d’oiseaux & des œufs - une agression joyeuse contre le gémissement de ceux des Plans Inférieurs afin que l’impuissance englobe leurs épiphanies destructrices ou leur création sous la forme de singeries fragiles mais assez aiguisées pour couper la lumière de la lune.

Et cependant, les résidants de ces dimensions aqueuses inférieures croient véritablement qu’ils contrôlent les Enfants Sauvages - & de telles croyances vicieuses sculptent effectivement la majeure partie de la substance de l’occasion.

Les seuls qui désirent effectivement partager la destinée nuisible de ces fugitifs sauvages ou guérilleros, plutôt que de les diriger, les seuls qui peuvent comprendre ce chérissement & ce débridement sont toujours les mêmes - ceux là sont des artistes, des anarchistes, des pervers, des hérétiques, un bande à part qui se rencontre & se rassemble comme des Enfants Sauvages le feraient, des regards fixes autour d’une table alors que les adultes baragouinent derrière leurs masques.

Notre réalisation, notre libération dépend de la leur - non parce que nous singeons la Famille, ces misères de l’amour qui tiennent en otage un futur banal, ni l’Etat qui nous éduque tous à sombrer sous l’horizon de l’inutilité - non - mais car nous & eux, les sauvages, sommes l’image les uns des autres, liés & entourés par cette chaîne d’argent qui défini la limite de la sensualité, de la transgression & de la vision.

Nous partageons les mêmes ennemis & nos moyens d’évasion sont les mêmes : un jeu délirant & obsédant, énergisé par la spectrale brillance des loups & de leurs enfants.

 PAGANISME.

Les Constellations qui conduisent la barque de l’âme. « Si le Musulman comprenait l’Islam, il deviendrait un idolâtre » - Mahmud Shabestari Eleggua, l’ouvreur de portes avec un crochet dans sa tête & des yeux d’huîtres, un cigare noir de Santeria & un verre de rhum - identique à Ganesh, le gros garçon à tête d’éléphant des Commencements qui chevauche une souris. L’organe qui devine les atrophies supranaturelles avec les sens. Ceux qui ne peuvent ressentir la baraka ne peuvent connaître la caresse du monde. Hermès Poïmandres enseigna l’animation des eidolons (images d’un idéal), la magie dans l’habitation des icônes par les esprits - mais ceux qui ne peuvent pratiquer les rites eux-mêmes & qui ne sont, dans l’ensemble, que de tangibles êtres matériels créés n’hériteront que du cafard, de l’ordure & de la décomposition.

Le corps païen devient une Court des Anges qui perçoivent cet endroit - ce bosquet - comme un Paradis (« S’il le Paradis existe, il est sûrement ici ! » - inscription sur les portes des jardins du Moghol).

Mais l’anarchisme ontologique est trop paléolithique pour l’eschatologie - les choses sont réelles, la sorcellerie fonctionne, les esprits des buissons sont uns avec l’Imagination, la mort est une déplaisante imprécision - l’intrigue des Métamorphoses d’Ovide - une mutabilité épique. La vision mythique personnelle.

Le Paganisme n’a pas encore inventé de lois - seulement des vertus. Pas de prêtrise, pas de théologie ou de métaphysique ou de moralité - mais un shamanisme universel dans lequel on atteint l’humanité réelle sans une vision.

La nourriture, le fric, le sexe, le sommeil, le soleil, le sable & la sinsemilla (forme de marijuana) - l’amour, la vérité, la paix, la liberté & la justice. Beauté. Dionysos, le saoulard juché sur une panthère - rang, adolescent, sueur - Pan, l’homme-bouc gambade dans la boue jusqu’à la ceinture comme s’il était dans la mer, sa peau couverte de mousse & de lichen - Eros qui se multiplie lui-même en une douzaine de garçons de ferme nus de l’Iowa, les pieds crottés & avec de la vase sur leurs maillots.

Le Corbeau, l’escroc de potlatch, parfois un garçon, une vieille femme, l’oiseau qui déroba la lune, des aiguilles de pins flottant à la surface d’un étang, le poteau-totem de Heckle / Jeckle, une troupe de corbeaux aux yeux argent dansant sur une pile de bois - identique à Semar, le sanglier albinos, hermaphrodite, l’ombre-animal, saint patron de la révolution javanaise.

Yemaya, la déesse bleue de la mer & patronne des travellos - comme Tara, l’aspect bleu-gris de Kali, collier de crânes, dansant sur la lingam dressé de Shiva, léchant les nuages de la mousson avec sa longue langue - comme Loro Kidul, la déesse de la mer vert de jaspe javanaise qui donne le pouvoir d’invulnérabilité aux sultans lors d’une relation tantrique dans des caves & tours magiques.

D’un certain point de vue, l’anarchisme ontologique est extrêmement nu, dépouillé de toutes qualités & possessions, pauvre comme le Chaos lui-même - mais d’un autre point de vue, il pullule de baroqueries comme ces putains de temples de Katmandou ou comme un livre d’emblèmes alchimiques - il s’étale sur son divan, mangeant des loukoum & s’amusant de notions hérétiques, un main posée sur sa queue.

Les coques de ses navires pirates sont laquées de noir, les pavillons sont rouges, des bannières noires avec l’emblème d’un sablier ailé.

Une Mer de Chine du Sud de l’Esprit, au loin, une côte de palmiers, des temples pourris en or dédiés à des dieux bestiaux, une multitude d’île, la brise est comme de la soie jaune sur la peau, des étoiles panthéistes, hiérophanie sur hiérophanie, lumière sur lumière dans la lumière & le sombre chaos.

 ART SABOTAGE.

L’Art Sabotage s’efforce d’être parfaitement exemplaire mais, en même temps, garde une once d’opacité - pas de la propagande mais un choc esthétique - épouvantablement direct & cependant subtilement recherché - l’action en tant que métaphore.

L’Art Sabotage est le côté obscur du Terrorisme Poétique - création par la destruction - mais il ne peut servir à aucun Parti, ni à aucun nihilisme ni même à l’art lui-même. Tout comme le bannissement de l’illusion améliore la conscience, la démolition de l’épidémie esthétique adoucit-elle l’atmosphère du monde du discours, de l’Autre. L’Art Sabotage sert la conscience seule, l’attention, l’éveil.

L’Art Sabotage va bien au-delà de la paranoïa, au-delà de la déconstruction - l’ultime critique - l’attaque physique sur l’art offensif - le Jihad esthétque. La moindre trace d’égoïsme ou même de goût personnel gâche sa pureté & vicie ses forces. L’Art Sabotage ne cherche jamais le pouvoir - il le libère seulement.

Les œuvres d’art individuelles (même les pires) sont inutiles. L’Art Sabotage cherche à endommager les institution qui utilisent l’Art afin de diminuer la conscience & qui tirent bénéfice se l’illusion. Ce poète ou un autre ou peintre ne peut être condamné pour un manque de vision - mais les Idées malignes peuvent être prises d’assaut par les artefacts qu’elles produisent. MUZAK est destiné à hypnotiser & à contrôler - son mécanisme doit être démoli.

Les autodafés - pourquoi les culs bénis & les agents des douanes auraient-ils le monopole de cette arme ? Des nouvelles à propos d’enfants possédés par des démons ; la liste des best-sellers du New York Times ; des tracts féministes contre la pornographie ; des manuels scolaires (tout particulièrement concernant les études sociales, les droits civiques, la santé) ; des piles d’exemplaires du New York Post ; des échantillons des publications Xtians ; quelques romans Arlequin - une atmosphère festive, des bouteilles de vin & des joints qui passent de mains en mains en un après-midi d’automne.

Foutre son pognon en l’air en investissant dans la bourse était une forme décente de Terrorisme Poétique, mais cela aurait été du bon Art Sabotage pour détruire l’argent lui-même. S’emparer des ondes TV & diffuser quelques minutes piratées d’art Chaote constituerait une fête du Terrorisme Poétique, mais détruire la tour de transmission serait parfaitement adéquat comme Art Sabotage. Si certaines galeries & certains musées méritent de ramasser une brique dans leurs fenêtres - pas de la destruction mais choc suffisant - alors que dire des banques ? Les galeries transforment la beauté en marchandise mais les banques transmutent l’Imagination en merdasses & en dettes. Le monde ne gagnerait-il pas un certain degré de beauté si toutes les banques se mettaient à trembler... ou à s’écrouler ? Mais comment ? L’Art Sabotage devrait rester éloigné de la politique (c’est tellement chiant), mais pas des banques.

Ne faites pas un piquet de grève mais vandalisez. Ne protestez pas, mutilez. Lorsque des crasses moche & au design merdique vous sont imposées, devenez tels des Luddites (groupe de travailleurs qui brisa son outil de travail en Angleterre au début du 19e siècle), brisez votre outil de travail, rebellez-vous. Ecrasez les symboles de l’Empire au nom de rien si ce n’est en celui du cœur qui se désespère de la grâce.

 LES ASSASSINS

Au travers de l’éclat du désert & des collines polychromes, des dunes chauves & violettes, au sommet d’une vallée d’un bleu délicat, les voyageurs découvrent une oasis artificielle, un château de style sarrasin enfermant un jardin caché.

En tant qu’invité du Vieux de la Montagne, Hassan I Sabah, ils gravissent les marches taillées dans le roc. Ici, le Jour de la Résurrection est déjà arrivé & s’en est allé - ceux qui vivent à l’intérieur sont en dehors du Temps Profane, qu’ils maintiennent éloigné avec leurs dagues & leurs poisons.

Au-delà des tours crénelées & fendues, des étudiants & des fedayins se réveillent dans de petites cellules monolithiques. Des cartes des cieux, des astrolabes, des alambiques & des cornues, des piles de livres ouverts dans le trait de lumière matinale - un cimeterre sorti de son fourreau...

Chacun de ceux qui entrent dans le royaume de l’Imam devient un sultan de la révélation invertie, un monarque de l’abrogation & de l’apostasie. Dans une chambre centrale festonnée de lumière & tapissée d’arabesques, ils sont penchés sur des coussins & fument de longues chibouks de hashish parfumés d’opium & d’ambre.

Pour eux, la hiérarchie de l’être est compactée en un point sans dimension du réel - pour eux, les chaînes de la Loi ont été brisées - ils finissent leurs fêtes par du vin. Pour eux, l’extérieur de tout est son intérieur, son véritable visage est brillant. Mais les portes du jardin sont camouflées par le terrorisme, des miroirs, des rumeurs d’assassinats, des légendes trompe-l’oeil.

Des grenades, des mûres, la mélancolie érotique du cyprès, des roses, des brassées d’aloès & des benjoin, des tulipes ottomanes, ces tapis disposés sur l’herbe - un pavillon avec une mosaïque de calligraphies - un saule, un courant d’eau - une fontaine taillée - un scandale métaphysique d’odalisques se baignant, « de l’eau, de la verdure et de beaux visages ».

La nuit, Hassan I Sabah comme tout homme civilisé portant son turban se penche sur le parapet au-dessus du jardin & regarde les étoiles, dupant les constellations de l’hérésie dans l’air frais et sans esprit du désert. Il est vrai que dans ce mythe, quelques disciples aspirants peuvent se voir demander de se lancer dans le vide du haut des remparts - mais il est vrai aussi que certains d’entre eux apprennent aussi à voler comme des sorciers.

L’emblème d’Alamut est gravé dans l’esprit, un mandala ou un cercle magique perdu par l’histoire mais imprimé et incorporé dans la conscience. Le Vieil Homme voltige tel un fantôme dans les tentes des rois & dans les chambres des théologiens, il traverse toutes les portes closes & les gardes avec des techniques ninja/musulmanes oubliées, laissant derrière lui de mauvais rêves, des stylets sur les oreillers, de puissants soudoyés.

L’essence de cette propagande s’infiltre dans les rêves criminels de l’anarchisme ontologique, l’héraldique de nos obsessions dévoile la bannière noire hors-la-loi lumineuse des Assassins... tous prétendants au trône de l’Egypte Imaginale, un continuum espace-temps occulte consumé par les toutes les libertés encore non imaginées.

 PYROTECHNIQUES.

Inventé par les chinois mais jamais pour la guerre - un bel exemple de Terrorisme Poétique - une arme utilisée pour effrayé plutôt que pour tuer - les chinois haïssaient la guerre & s’y jetaient en maugréant lorsque les armées était levées - la poudre à canon est plus tuile pour effrayer des démons malins, faire le délice des enfants, emplir l’air d’une brume parfumée.

Des « Class C Thunder bombs de Canton », des Bouteilles Rockettes, des papillons des M-80, des Tournesols - allumez votre cigarette avec la mèche grésillante d’une « Haymarket-black bomb » - imaginez l’air empli de lamies & de succubes, d’esprits agressifs, de fantômes policiers. Appelez un enfant avec des allumettes - apôtre-shaman des complots d’été de la poudra à canon - fracassez la nuit de milliers d’étoiles, arsenic & antimoine, sodium & chlorite de mercure, un éclair de magnésium... Des fusées feu d’artifice sur les toits des bâtiments des sociétés d’assurance, ou des écoles - un serpent-kundalini ou un Dragon-Chaos rayé de barium-vert & de jaune oxylate de sodium ou des monstres copulants tirant des pétards sur la maisons des vieux baptistes.

Bon, bref, Hakim, vas te faire voir, je peux plus traduire ces conneries !!! En bref, faites chier tout le monde avec des feux d’artifice & autres pétards & faites-le au nom de l’anarchisme ontologique & du Terrorisme Poétique !

 MYTHES DU CHAOS.

Chaos Non-Vu

Non-Possédé, Ne s’écoulant point

Chaos de la ténèbre absolue

Intouché & Intouchable.

Chant Maori.

Le Chaos se perche sur une montagne-ciel, un haut oiseau tel un sac jaune ou une boule de feu rouge, avec six pieds & quatre ailes, il n’a pas de visage mais il danse & il chante.

Or le Chaos est un chien aux longs poils noirs, sourd & aveugle, ne possédant pas d’intestins.

Chaos l’Abysse vint le premier, ensuite la Terre / Gaïa, ensuite Désir / Eros. De ces trois procèdent deux paires - Erebus & l’Antique Nuit, l’Ether & la Lumière du Jour. N’étant ni n’étant pas, ni air, ni terre, ni espace : qu’est-ce qui était enclos ? Où ? Sous quelle protection ? Qu’était l’eau, profonde & non mesurable ?

Ni mort ni immortel, ni jour ni nuit - mais UN respira par lui-même sans souffle.

Rien d’autre. La Ténèbre enveloppée de ténèbres, eau non manifestée.

L’UN, caché par le vide, senti la génération de la chaleur, vint à la vie

Comme le Désir, première graine de l’Esprit...

Y avait-il un haut & un bas ?

Il y avait des semeurs de graines, il y avait des puissances :

L’énergie en bas, l’impulsion en haut.

Mais qui sait avec certitude ?

Rig Veda.

Tiamat l’Océan-Chaos écoule lentement de sa Matrice Vase & Mucosité, les Horizons, le Ciel & la Sagesse aqueuse. Ces rejetons grandissent dans le bruit & le fracas - Elle considère leur destruction.

Mais Marduk, le Dieu guerrier de Babylone se lève en rébellion contre la Vielle Hag & Son Chaos - des monstres, des totems chtoniens - Ver, Ogre Femelle, Grand Lion, Chien Fou, Homme Scorpion, Orage Hurlant - des dragons portant leur gloire tels des dieux - & Tiamat Elle-même un grand Serpent de Mer.

Marduk l’accuse de monter les fils contre les pères - Elle aime Brume & Nuage, principes du désordre. Marduk sera le premier à régner, à inventer le gouvernement. Dans la bataille, il blesse Tiamat & de Son corps s’ordonne le monde matériel. Il inaugure l’empire babylonien - ensuite des gibets & des entrailles sanglantes des fils incestueux de Tiamat il créé la race humaine afin de servir à tout jamais le confort des dieux - & de leurs grands prêtres & de leurs rois oints.

Zeus le Père & les Olympiens entrèrent en guerre contre Mère Gaïa & les Titans, ces partisans du Chaos, l’antique voie de la chasse & de la cueillette, de la ballade sans but, de l’androgynie & de la licence des bêtes.

Amon-Râ est assis seul du la Chaos-Océan primordial de NUN, créant tous les autres dieux en éjaculant - mais le Chaos se manifeste comme le Dragon Apophis que Ra doit détruire afin que le Pharaon puisse régner en paix - une victoire rituelle recréée journellement dans les temples impériaux afin de confondre les ennemis de l’Etat, de l’Ordre cosmique.

Le Chaos est Hun Tun, l’Empereur du Milieu. Un jour la Mer du Sud, Empereur Shu & la Mer du Nord, l’empereur Hu rendirent visite à Hun Tun, qui les traitait toujours bien. Voulant lui rendre sa gentillesse, ils dirent « Tous les êtres ont sept orifices pour voir, entendre, manger, chier, etc. mais le pauvre Hun Tun n’en a aucun ! Faisons-en lui quelques-uns ! » Ainsi firent-ils - un orifice par jour - jusqu’au septième jour, le Chaos mourut.

Mais... Le Chaos est aussi un énorme œuf de poule. En son sein P’an Ku est né & grandit pendant 18 000 ans - enfin l’œuf s’ouvrit, divisé entre le ciel & la terre, le Yang & le Yin. Maintenant P’an Ku grandit dans une colonne qui soutient l’univers - ou mieux, il devient l’univers (souffle - vent, oeil - soleil & sang - & humeur - rivière & mers, cheveux & fouets - étoiles & planètes, sperme - perles, moelle - jade, ses puces - les êtres humains, etc.).

Ou bien il devient l’homme / le monstre Empereur Jaune. Ou bien il devient Lao Tseu, le prophète du Tao. En fait, le pauvre vieux Hun Tun est le Tao Lui-même !!!

« La musique de la nature n’a d’existence qu’en dehors des choses. Les différentes ouvertures, pipes, flûtes, tous les êtres vivants ensembles constituent la nature. Le « Je » ne peut produire des choses & les choses ne peuvent produire le « Je », qui est lui-même inexistant. Les choses sont ce qu’elles sont spontanément, non causée par quelque chose d’autre. Tout est naturel & ne sait pourquoi il est tel. Les 10 000 choses ont 10 000 états différents, toutes en mouvement comme s’il y avait un Véritable Seigneur pour les faire se mouvoir - mais si nous cherchons des preuves de ce Seigneur, nous échouons à la trouver » (Kuo Hsiang).

Toute conscience réalisée est un « empereur » dont l’unique forme de pouvoir est de ne rien faire pour déranger la spontanéité de la nature, du Tao. Le « sage » n’est pas le Chaos lui-même, mais plutôt un enfant loyal du Chaos - une des puces de P’an Ku, un fragment de chair de l’enfant monstrueux de Tiamat.

L’anarchisme ontologique tend à n’être en désaccord qu’avec le quiétisme taoïste. Dans notre monde, le Chaos a été rejeté par des dieux plus jeunes, moralistes, phallocrates, prêtres-banquiers, seigneurs des serfs. Si la rébellion s’avère impossible alors, au moins, une forme de Jihad spirituel peut être lancé.

Suivons les bannières de guerre du dragon noir anarchiste, Tiamat, Hun Tun.

Le Chaos n’est pas mort.

 PORNOGRAPHIE.

En Perse, j’ai vu ce que la poésie était censée être mise en musique & chantée - pour une unique raison - car cela fonctionne.

Une juste combinaison d’images & de sons plonge l’audience dans un halo (quelques fois entre l’humeur émotionnelle / esthétique & la transe de l’hyper-conscience), des explosions de pleurs, la réponse mesurable & physique adéquate à l’art. Pour nous, le lien entre la poésie & le corps est mort avec l’ère bardique - nous lisons sous l’influence d’un gaz cartésien & inesthétique.

Dans l’Indes du nord, même les récitations non musicales provoquent du bruit & du mouvement, chaque bon couplet est applaudi, « Wa ! Wa ! » , des gestes de mains insensés, des jets de roupies - alors que nous écoutons la poésie comme quelque cerveau dans un bocal de Science-Fiction - au mieux un rire en coin ou une grimace, le vestige de notre rictus simiesque - le reste du corps étant sur une autre planète.

En Orient, les poètes sont parfois jetés en prison - une sorte de compliment, puisque cela signifie que l’auteur a fait quelque chose d’au moins aussi réel qu’un vol, un viol ou une révolution. Ici, on permet aux poètes de publier tout - une sorte de punition en fait, une prison sans murs, ans échos, sans existence palpable - un royaume des ombres de l’impression ou une pensée abstraite - un monde sans risque ou sans Eros.

Et donc la poésie est morte à nouveau - & même su la momie de son corps retient encore quelques propriétés curatives, l’auto-résurrection n’en fait pas partie.

Si les dirigeants refusent de considérer les poèmes comme des crimes, alors on doit commettre des crimes qui servent la fonction de la poésie, ou des textes qui possèdent la résonance du terrorisme. A n’importe quel coût reconnecter la poésie au corps. Pas de crimes contre les corps, mais contre les Idées (& les Idées-dans-les-choses) qui sont mortelles & suffocantes. Pas de libertinage stupide mais des crimes exemplaires, des crimes esthétiques, des crimes pour l’amour. En Angleterre, certains livres pornographiques sont toujours bannis. La pornographie a un effet physique mesurable sur ses lecteurs. Comme la Propagande, elle change parfois des vies car elle découvre les véritables désirs.

Notre culture produit la majeure partie de cette pornographie à partie de la haine du corps - mais l’art érotique produit un meilleur véhicule pour l’amélioration de l’être, de la conscience & de la béatitude, comme dans certaines Œuvres orientales. Une sorte de porno tantrique occidental pourrait aider à galvaniser le corps, le faire briller d’un certain éclat du crime.

L’Amérique a la liberté de parole car tous les mots y sont considérés également insipides. Seules les images comptent - les censeurs aiment les morts & les mutilations mais reculent d’horreur à la vue d’un enfant qui se masturbe - apparemment ils expérimentent cela comme une invasion de leur validité existentielle, leur identification avec l’Empire & ses signes subtiles.

Il n’y a aucun doute que le porno poétique ne fera jamais revivre les corps vides & sans expression à danser & à chanter (comme l’oiseau du Chaos chinois), mais... imaginons un script pour un film de trois minutes sur une île mythique d’enfants échappés qui habitent les ruines d’un vieux château ou des huttes-totem ou des nids de fortune - un mélange d’animation, d’effets spéciaux, d’imagerie par ordinateur - édité comme un produit commercial de fast-food.

...Mais surnaturel & nu, des plumes & des os, des tentes cousues de cristal, des chiens noirs, du sang de pigeon - des flashes de membres ambres emballés dans du papier - des visages avec des masques étoilés embrassant les replis de la peau - des pirates androgynes, des fondus sur des visages de colombines dormant sir des fleurs blanches - des blagues salaces & hilarantes sur la pisse, des lézards lapant du lait - arrêt sur nu - Alice sous l’effet de la ganja...

... Du punk reggae atonal pour gamelan (orchestre javanais), des synthétiseurs, des saxophones & des tambours - des chants pour danses technos endiablés chantés par des chœurs d’enfants éthériques - des paroles d’anarchisme ontologique, croisement de Hafez & de Pancho Villa, de Li Po & de Bakounine, de Kabir & de Tzara - appelez cela « CHAOS - Vidéo Rock ! ».

Euh non, cela est probablement un rêve. Trop cher à produire &, en outre, qui le regarderait ? Pas les enfants qui est censé séduire. La TV Pirate est une fantaisie futile, le Rock une simple marchandise - oubliez donc le magasine gesamtkunstwerk. Faites des prospectus pour cours de récré avec des feuilletons obscènes & enflammés - de la pornopropagande, des samizdats de dingues afin de libérer le Désir de ses liens.

 CRIME.

La Justice ne peut être obtenue par les Lois - l’action en accord avec sa nature spontanée, l’action qui est juste, ne peut être définie par un dogme. Les crimes dont nous parlons dans ce prospectus ne peuvent être dirigés contre soi ou contre les autres mais seulement contre la cristallisation des Idées en structures, en toxiques Trônes & Dominations.

C’est-à-dire, pas de crimes contre la nature ou l’humanité mais des crimes par fiat légal. Tôt ou tard la découverte ou le dévoilement de la nature profonde transmute une personne en un brigand - comme entrer dans un autre monde & revenir dans l’ancien pour découvrir que vous y avez été déclaré traître, hérétique, banni. La Loi attend que vous tombiez en un mode d’être - une âme - différent que celui approuvé par les tampons bleus du ministère de la santé publique sur cette morte chair prête à être dévorée - & aussitôt que vous commencerez à agir en harmonie avec la nature, la Loi vous garrottera & vous étranglera - alors ne jouez pas au saint martyr bourgeois libéral - acceptez le fait que vous êtes un criminel & préparez-vous à agir comme tel.

Paradoxe : embrasser le Chaos n’est pas glisser dans l’entropie mais émerger dans l’énergie comme les étoiles, un processus de grâce instantané - un ordre organique spontané totalement différent des pyramides pourries de sultans, muftis,cadis & de leurs exécuteurs hilares.

Après le Chaos émerge Eros - le principe de l’ordre implicite du néant de l’Un ineffable. L’Amour est une structure, un système, l’unique code qui ne soit entaché par l’esclavage & le sommeil de drogué. Nous devons devenir des Tours & des hommes de confiance afin de protéger cette beauté spirituelle en un écrin de clandestinité, un jardin secret de l’espionnage.

Ne survivez pas dans l’attente que la révolution d’un autre vous lave le cerveau, ne vous engagez pas dans les armées de l’anorexie ou de la boulimie - agissez comme si vous étiez déjà libre, calculez vos chances, sortez, souvenez-vous du Code des Duels - mangez du poulet, buvez du thé. Chaque homme est son propre vin & son propre figuier (Circle Seven Koran, Noble Drew Ali) - portez votre passeport Moorish avec fierté, ne vous faites pas arrêter au feu rouge, couvrez vos arrières - mais prenez le risque, dansez avec de devenir une vieille momie.

Le modèle social naturel de l’anarchisme ontologique est le gang de gosses ou la gang de pilleurs de banques. L’argent est un mensonge - cette aventure est faisable sans lui - le butin & le pillage devraient être dépensés avant de retourner à la poussière. Aujourd’hui est le Jour de la Résurrection - l’argent dépensé pour la beauté sera alchimiquement transmuté en élixir. Comme mon oncle Melvin avait pour habitude de dire : une pastèque volée goûte mieux. Le monde est déjà remodelé selon les désirs du cœur - mais la civilisation possède toutes les traites & les armes. Nos anges sauvages demandent que nous trépassions afin qu’ils se manifestent eux-mêmes sur un sol interdit. Bonne route mec ! Le Yoga de la furtivité, le raid éclair, le plaisir des trésors.

 SORCELLERIE.

L’Univers veux jouer. Ceux qui refusent car ils sont à court de désir spirituel & choisissent la pure contemplation perdent leur humanité - ceux qui refusent par angoisse, ceux qui hésitent, perdent leur chance à atteindre à la divinité - ceux qui se façonnent des masques aveugles d’Idées & perdent leur vie à chercher une preuve quelconque de leur propre existence en regardant par les yeux d’hommes morts.

La Sorcellerie : la culture systématique de la conscience affûtée ou de la conscience a-ordinaire & son déploiement dans le monde de l’action & des choses afin d’obtenir des résultats voulus.

L’augmentation graduelle de la perception bannit graduellement les faux sois, nos fantômes cacophoniques - la « magie noire » de l’envie & la vendetta se retournent contre soi car le Désir ne peut pas être forcé. Lorsque notre connaissance de la beauté s’harmonise avec la ludus naturae, la sorcellerie commence.

Non, pas de cuiller tordue ou d’horoscope, pas de Golden Dawn ou de shamanisme, de projection astrale ou de messe satanique - si c’est du mumbo jumbo que vous voulez alors allez chercher les choses matérielles, les banques, la politique, la sociologie - & non cette merdasse blavatskienne débile.

La sorcellerie fonctionne en créant autour d’elle un espace psychique ou physique ou bien une ouverture vers un espace d’expression non restrictive - la métamorphose du lieu quotidien en une sphère angélique. Cela implique la manipulation des symboles (qui sont également des objets) & des personnes (qui sont également symboliques) - les archétypes fournissent un vocabulaire pour ce processus & par conséquent ils sont traités comme s’ils étaient à la fois réels & irréels, comme des mots. Du Yoga Imaginal.

Le sorcier est un Réaliste : le monde est réel - mais alors la conscience doit être réelle puisque ses effets sont également tangibles. Les falots trouvent même le vin sans goût mais le sorcier peut s’intoxiquer par la simple vue de l’eau. La qualité de la perception définit le monde de l’intoxication, mais pour l’entretenir & la développer afin qu’elle incorpore les autres demande une activité sorcière. La Sorcellerie ne brise aucune loi de la nature car il n’y a aucune Loi Naturelle, seulement la spontanéité de la natura naturans, le Tao. La Sorcellerie viole des lois qui cherchent à enchaîner ce flot - les prêtres, les rois, les hiérophantes, les mystiques, les scientifiques & les boutiquiers qualifient tous le sorcier d’ennemi car il menace le pouvoir de leur fantasme, la force extensible de leur réseau illusoire.

Un poème peut agir comme un sort & vice versa mais la Sorcellerie refuse de n’être que la métaphore d’une simple littérature - elle insiste sur le fait que les symboles doivent causer aussi bien des effets que des épiphanies personnelles. Elle n’est pas une critique mais une reformulation. Elle rejette toutes les eschatologies & toutes les métaphysiques de l’absence, tous les troubles nostalgies & les futurismes stridents, en faveur d’un Paroxysme ou du saisissement de la Présence.

L’encens & le cristal, la dague & l’épée, la baguette, les robes, le rhum, les cigares, les bougies, les herbes comme des rêves desséchés - le garçon vierge regardant dans un bol d’encre - le vin & la ganja, la nourriture, les yantras & les gestes - des rituels du plaisir, le jardin des Houris & des Sakis - le Sorcier grimpe ces serpents & ces échelles jusqu’au moment où il est totalement saturé de ses propres couleurs, là où les montagnes sont des montagnes & les arbres des arbres, là où le corps devient sans cesse, là où la bien-aimée devient tout l’espace.

Les tactiques de l’anarchisme ontologique sont basées en cet Art Secret - les buts de l’Anarchisme ontologique apparaissent dans son fleurissement. Le Chaos maudit ses ennemis & récompense ses dévots...cet étrange pamphlet jaunissant & couvert de poussière révèle tout... expédiez-le pour une seconde de l’Eternité...

 PUBLICITE.

Ce que ceci vous raconte n’est pas de la prose. Il peut être affiché mais reste vivant & existant. Il ne veut pas vous séduire, à moins que vous ne soyez extrêmement jeune & bien foutu(e) (envoyez-nous une photo récente).

Hakim Bey vit dans un hôtel chinois malfamé où le propriétaire épingle partout des journaux & des publicités pour l’Opéra de Pékin. Le ventilateur du plafond tourne en une danse derviche lascive - la sueur coule sur les pages - le kaftan du poète élimé, répandant de la poussière sur la couverture - son monologue semble décousu & légèrement sinistre - derrière les fenêtres fermées, le barrio (quartier latin) se transforme en un lieu de palmiers, d’océan bleu... la philosophie du tropicalisme.

Le long de l’autoroute, quelque part à l’est de Baltimore, vous arrivez à un camping-car avec un énorme logo sur la pelouse « LECTURES SPIRITUELLES » & l’image crue d’une main noire sur un fond rouge. A l’intérieur vous remarquez une disposition de livres de rêves, de innombrables livres, des pamphlets sur le HooDoo & la Santeria, de vieux magasines poussiéreux sur le nudisme, une pile de « Boy’s Life », des traités sur les combats de coqs & ce livre, Chaos. Tel des mots parlés en un rêve, présages, divinatoires, évanescents, se transformant en parfums, oiseaux & couleurs, de la musique oubliés...

Ce livre se distancie de lui-même par une impassibilité de surface, presque une vitreusité. Il n’agite pas sa queue & il n’aboie pas, mais il mord & bouffe les meubles. Il n’a pas d’ISBN & il ne désire pas que vous soyez un disciple, mais il se pourrait qu’il kidnappe vos enfants.

Ce livre est nerveux comme du café ou la malaria - il dispose un réseau de courts-circuits & de blancs de sécurité entre lui & ses lecteurs - mais il est si manifeste & littéral qu’il s’encode pratiquement lui-même en une stupeur.

Un masque, une auto-mythologie, une carte sans territoire - rigide comme une peinture égyptienne - pourtant, ce livre parvient à caresser un visage & se retrouve soudain dehors dans la rue, dans un corps, habillé de lumière, marchant, éveillé, presque satisfait.

Hakim Bey

— NYC, May 1-July 4, 1984

Sans licence

P.-S.

Traduction & adaptation française par Spartakus FreeMann avril-mai 2005 e.v., Zénith de Libertalia.

Autonomedia Anti-copyright, 1985, 1991. Peut être librement pirate & diffusé & détruit & peut servir à emballer le poisson du vendredi.

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